Alpha Blondy

Alpha Blondy

Depuis ses débuts dans les années 1980 avec le hit panafricain « Opération Coup De Poing (Brigadier Sabari) », Alpha Blondy a pour habitude de livrer à ses fans du reggae de qualité. Le contrat de confiance qui le lie à son public est une fois de plus rempli avec brio : Positive Energy s’impose d’emblée comme un grand cru. « C’est vraiment l’album des featurings ! », s’exclame Alpha pour évoquer ces douze nouvelles chansons.

Et de fait, il y a du beau monde : deux pointures jamaïcaines (Ijahman sur « Rainbow In The Sky » et Tarrus Riley sur « Freedom »), le boss du zouk Jacob Desvarieux sur « N’Teritche » et une jeune chanteuse congolaise prometteuse, Pierrette Adams, sur « Séchez Vos Larmes ». Plus un trio de choc sur « Allah Tano » : le Tunisien Nawfel, le Marocain Assim et l’Ivoirien Ismaël Isaac. Un titre fort dédié à la grand-mère d’Alpha, un titre spirituel aussi : « Ça montre que l’Islam n’est pas la propriété de quelques violents. Histoire de dire qu’on peut parler de Dieu et d’amour sans forcément faire saigner », résume-t-il.

Si la spiritualité est comme à l’accoutumée le combustible de choix d’Alpha, la colère n’est pas absente pour autant. Que ce soit dans le poignant « Séchez Vos Larmes » (« On ne battra pas la famine à coups de missiles ») où le chanteur s’attaque aux hommes politiques plus enclins à se faire la guerre qu’à nourrir leurs peuples, ou sur le très musclé « Maclacla Macloclo ». « C’est le coup d’état récurrent. Les présidents commettent les mêmes bêtises et la communauté internationale se rend complice en validant les forfaitures. Les dictatures et les tyrannies que nous subissons sont un peu de leur faute. Génocide démocratique, torture démocratique : on a bombardé la Lybie en disant que l’autre n’était pas démocratique, on a foutu une merde pas possible. Même chose en Irak : on a bombardé les pro et les anti Saddam à la même enseigne. Lumumba et Sankara assassinés “démocratiquement”, les exemples sont légion. Au nom de la démocratie, on se permet toutes les atrocités. En Afrique, quand on entend le mot “démocratie”, on se planque sous le lit parce que ça va commencer à saigner ! »

« Freedom » est l’ainée des compositions puisque son texte date de 1978, l’année durant laquelle Alpha était en exil américain, à la recherche du rêve. « La liberté n’a pas de prix, et je ne me laisserai pas acheter parce qu’elle n’est pas à vendre, freedom is a must », affirment à l’unisson Alpha et Tarrus Riley, un Ivoirien et un Jamaïcain sur la même longueur d’onde, celle de l’amour de la liberté et du reggae roots.

En parlant de roots (rock) reggae, « No Brain No Headache » s’ouvre sur une guitare hurlante. « C’est très rocky. Ça parle de mon passage à l’hôpital. Quand j’ai dit à la nurse qu’on avait mis de l’angel dust dans mon pétard, elle m’a dit “Tu as de la chance : no brain, no headache”. J’ai pigé la leçon. Ça veut dire que tu n’as pas à te prendre la tête avec des futilités. La vie, il faut la prendre dans le bon sens, même quand elle fait mal ».

Impossible de ne pas évoquer « Madiba M’a Dit », évocation de Nelson « Madiba » Mandela, symbole de la lutte contre l’apartheid qui finit par diriger son pays, l’Afrique du Sud. Le texte simple et poétique de cette chanson a une histoire. On le doit en effet à une journaliste de France 24, Valérie Fayolle. « On avait une émission ensemble, Le Paris Des Arts, et elle m’a fait lire son poème, que j’ai trouvé très joli. Une blonde aux yeux bleus qui parle de Mandela, ça donnait une autre dimension. Je lui ai dit que je voulais en faire une chanson. Dieu merci, elle a beaucoup aimé. Si Mandela vivait, c’est comme ça qu’il aurait pensé. On est tous les mêmes. Si on voulait se venger, la terre serait vide ».

Pour faire passer ses idées, Alpha s’est entouré de ses meilleurs guerriers : son groupe Solar System, qui a commencé l’enregistrement à Abidjan au studio du chanteur puis l’a poursuivi à Paris, au studio de la Grande Armée. Musicien à l’ancienne, c’est comme à l’habitude avec des vrais cuivres (et une vraie batterie pour les rythmiques) qu’il a structuré ses compositions, avec un coup de main de son guitariste Jules pour le riff de « No Brain, No Headache ». « Je suis de la vieille école », confirme le vétéran du reggae africain. Pour Positive Energy, on le retrouve en couverture avec sa grand-mère disparue à l’arrière-plan, comme un ange gardien. « Elle m’a donné l’amour de mon prochain. Et mon prochain c’est Dieu, pas besoin de chercher trop loin. Mon prochain avec ses qualités et ses défauts c’est Dieu, c’est elle qui m’a enseigné ça. Je voulais lui rendre cet hommage ».

« Cet album, il ne ressemble aucunement aux autres », lance Alpha Blondy en guise de conclusion. On lui donnera tort au moins sur un point de détail : il est aussi passionné, mélodique et sincère que ses prédécesseurs. Avec ce supplément d’énergie positive qui caractérise les grands disques.